Sous nos pieds coule le Maelbeek

Les caprices du Maelbeek

Voici ce qu’en dit André Gonthier, historien de la commune :

« Parmi les déconvenues qu’[…] éprouva [la Commune], le voûtement du Maelbeek est à ranger parmi les plus amères. Aux siècles précédents, le ruisseau était déjà connu pour son humeur capricieuse et ses brusques colères. À chaque pluie d’orage, il sortait de son lit et se répandait sur les prairies environnantes ; mais les nombreux étangs qu’il traversait atténuaient l’effet de ses crues et régularisaient son débit. Par ailleurs, la terre perméable absorbait une partie des eaux pluviales.

Mais lorsque le territoire de la Commune se couvrit d’habitations et que les anciens chemins de terre se transformèrent en routes pavées, le régime hydrographique devint franchement torrentiel.

Il faut croire que les ingénieurs qui, en 1873, calculèrent la section de l’aqueduc chargée d’évacuer les eaux du bas-Ixelles furent inattentifs à ce phénomène car bientôt celle-ci se révéla insuffisante. La première inondation eut lieu en 1879. Les caves des maisons de la rue Gray et de la rue de la Digue se remplirent d’eau fangeuse. On attribua ce mécompte à l’étroitesse de la conduite placée par l’administration des ponts et chaussées dans le pied droit du pont du chemin de fer et à l’étranglement de l’émissaire sur le territoire de Schaerbeek. »

André Gonthier, Histoire d’Ixelles, 1960

Le retour du refoulé

Le retour du refoulé, ce sont ici les inondations légendaires du Maelbeek. Lors des grosses pluies, les eaux dévalant les pentes de la vallée en amont s’engouffraient à grands flots dans le goulot de la rue Gray, inondant caves et parfois rez-de-chaussée. Pour faire face à ce phénomène, un bassin d’orage a été construit sous la place Flagey. Son objectif est de retenir les eaux pendant les fortes pluies et de les restituer dans le réseau d’égouttage par temps sec. Le plus souvent, il remplit bien sa fonction.

Mais malgré cela, il arrive que les caves des maisons soient inondées. C’est que le collecteur du Maelbeek n’a pas été si bien pensé. Lors de certaines pluies importantes, le niveau de l’eau à l’intérieur du collecteur dépasse le niveau des conduites qui amènent les eaux des maisons vers le collecteur. Par effet de vases communicants, l’eau retourne alors vers les caves…

Conséquences des inondations rue Gray – vers 1890 et dans les années 70


Maelbeek Mon Amour

Se promener le long du Maelbeek, aujourd’hui, c’est se promener au-dessus d’un collecteur d’égout. On peut entendre, deci delà, le bruit de l’eau qui coule lorsque les plaques d’égout sont percées… La mémoire de la rivière se retrouve dans les noms de nos rues : de la digue, du brochet, du cygne, etc., mais l’eau reste décidément cachée ! Pour rendre son cours visible est né un mouvement d’habitants qui a imaginé un geste artistique de 7,2 km de long : réaliser une œuvre faite d’un chapelet de plaques d’égouts créatives. Des étudiants en design industriel en ont dessiné de beaux spécimens. Des ateliers de lino-gravure ont été menés par divers collectifs avec des enfants ou des groupes de femmes à Ixelles, Schaerbeek et Saint-Josse-Ten-Noode. Une étude a été produite dans le cadre du Contrat de Quartier Malibran qui démontre la faisabilité technique d’un projet qui, renouant avec l’esprit de la vallée, a fait rêver bien des habitants. Mais l’œuvre ne sera pas réalisée. L’opérateur de l’eau, propriétaire des plaques d’égout, ne s’est pas laissé tenter par la poésie du projet. Et si on insistait encore ?

Linogravures réalisées au cours d’ateliers organisés par les Baladins du Maelbeek

Carto : Pierre Bernard et Liesbet Temmerman